La danse Treger / An Dañs Treger

Historique

L’historique présenté ci-après a été rédigé par Mr Bernard Lasbleiz

La  » Dañs Treger  » , qui se dansait dans le Trégor historique   » Petit Trégor  » finistérien et costarmoricain a disparu dans les années 1914 – 1915 (Plestin et sa région semblent avoir été le dernier bastion à avoir résisté à la montée de la gavotte).

Grâce aux recherches d’historiens comme Madame Galbrun de Bégard, le colonel Péres de Plestin et surtout Jean Michel Guilcher dans les années 1950, puis d’une équipe de trégorrois dans les années 80, on a pu réapprendre cette suite treger.

Les étapes d’un renouveau : Premiers frémissements

Si l’intérêt massif des jeunes Bretons pour leurs danses traditionnelles date de l’essor des festoù-noz au début des années 1970, le renouveau de la Dañs Treger est lui beaucoup plus récent. La raison en est simple: cette danse avait disparu au début du siècle et plus personne ne savait ni la danser, ni, a fortiori, la jouer.

La ré-édition, en 1976, du fameux ouvrage de JM. Guilcher sur les danses de Basse-Bretagne, où figurait une description et une analyse de la danse, n’attira guère l’attention des Trégorrois qui continuèrent à enchaîner andro vannetais et gavottes cornouaillaises dans  l’ignorance presque totale de leur ancienne danse locale.

Au début des années 1980 pourtant, quelques rares musiciens vont manifester le désir de voir renaître les danses trégorroises.

L’équipe de Dastum Bro-Dreger, tout d’abord, en multipliant les enquêtes de terrain, débusquera quelques bribes d’information sur les anciennes danses. Bien peu de choses, bien sûr, mais suffisamment pour donner un peu de vie à ce qui n’était guère plus qu’un mythe pour beaucoup.

En 1981, Guirec Connan, un jeune chanteur, tente avec un ensemble de danseurs, de mettre sur pied une dans plaen découverte par son père, l’écrivain bretonnant Jakez Konan, après-guerre à Perros-Guirec. Ni la structure de cette danse, ni son pas chassé, ne permettent d’y reconnaître la dañs treger telle que l’a analysée JM. Guilcher, mais le fait est là : on commence désormais à s’intéresser aux danses traditionnelles du Trégor.

Une réunion déterminante

A la fin des années 1980, les évènements vont se précipiter. Une réunion déterminante pour l’avenir de la Dañs Treger a lieu le 30 octobre 1988. A l’initiative de Jean Balac qui s’occupe du Centre Culturel Saint-Guénolé du Trévou, plusieurs personnes intéressées par la renaissance des danses du Trégor se réunissent à Louannec.

Après une longue discussion, portant notamment sur l’opportunité de persévérer dans la relance de la dans plaen de Perros, il est décidé de se servir plutôt des recherches de Guilcher pour ré-implanter la Dans Treger.

A partir de là, les choses vont aller très vite: le mois de novembre 1988 est consacré, par le groupe de Saint-Guénolé, animé par Françoise et Alain Kervellec, à l’étude des pas décrits par Guilcher dans son ouvrage et Bernard Lasbleiz se charge plus  particulièrement de l’accompagnement instrumental.

Yann Poëns, qui servit d’intermédiaire à Guilcher lors de ses enquêtes dans le Trégor morlaisien, fournit d’intéressants compléments d’information. Le 16 novembre 1988, une entrevue avec Polig Monjarret, qui vient de publier des airs de Dans Treger dans son recueil Tonioù Breizh Izel, apporte quelques éclaircissements sur le répertoire musical.

En janvier 1989, une rencontre a lieu à Brest à deux reprises avec Naik Raviart, fille de J.-M. Guilcher, qui permet de visionner les films que son père a réalisés sur la Dans Treger dans les années 1950. Elle prodigue aussi de très généreux conseils sur la façon de danser.

A la même époque, tout le monde se déplace à Guerlesquin pour observer le pas de passe-pied dont quelques anciens danseurs locaux ont conservé le souvenir…

Tout ceci permet aux danseurs de Saint-Guénolé du Trévou d’être les premiers à faire revivre de façon concluante la fameuse Dans Treger au début de l’année 1989.

Dastum Bro-Dreger

C’est également en 1989 que l’association Dastum Bro-Dreger renaît de ses cendres et va prendre une part active dans la diffusion de la danse trégorroise. Des stages sont organisés avec Naik Raviart qui va former des danseurs capables d’essaimer leur savoir dans tout le Trégor, de Morlaix à Paimpol. Bon nombre de cercles de danseurs vont ainsi mettre la Dañs Treger à leur programme.

Néanmoins, cette danse ne trouve pas encore sa place dans les festoù-noz car les sonneurs capables de la jouer sont encore trop peu nombreux.

Dastum va donc s’attacher à résoudre ce problème en instituant, tout d’abord, une demi-heure « Dañs Treger » au début de chacun des festoù-noz qu’elle organise.

Un dossier comprenant environ 150 airs de danse est également mis à la disposition des musiciens et un livret-cassette où  figurent plusieurs Dañs Treger est publié en 1991. Cette cassette jouera un rôle très important pour la promotion de la danse et pour la divulgation des airs auprès des musiciens.

A la suite de cette cassette, d’autres enregistrements suivront, sur lesquels plusieurs musiciens et chanteurs présenteront des suites de Dañs Treger.

C’est d’abord le Centre Culturel Breton de Lannion qui sort un enregistrement en 1993, où figurent deux suites de danse trégorroise. L’année suivante, les sonneurs Daniel Le Féon et Gilles Léhart auto-produisent un CD sur lequel ils enregistrent une suite Treger de leur composition. Puis le CCB de Lannion sort deux autres

CD en 1997 et 1999 consacrés à la danse dans le Trégor.

Mais l’absence d’un catalyseur, d’une association centralisatrice, ne permet pas d’utiliser au mieux tous ces efforts pour relancer la danse. L’exemple va venir d’une poignée de Plestinais.

L’association Dañs Treger

C’est à Plestin, en effet, qu’en avril 1997 l’association Dañs Treger voit le jour à la suite d’un parcours artistique en milieu scolaire organisé par Michel Bussière.

Comme son nom l’indique, elle fait de la relance de la danse trégorroise sa mission prioritaire et devient rapidement le point de convergence incontournable de toutes les initiatives privées ou associatives prises dans le domaine.

Sous la présidence de Louis Le Bizec, cette association impulse une nouvelle dynamique à une pratique chorégraphique qui commençait un peu à s’essouffler.

Et le mois de novembre devient dès lors un moment fort de l’année pour la pratique de la Dans Treger : des stages de musique et de danse réunissent tous les ans à cette époque plus de 300 participants et un fest-noz,   » Treger  » rassemblant de nombreux musiciens locaux est entièrement consacré aux danses du Trégor.

Depuis 1999, on y danse une suite à quatre parties, où, sur la proposition de Bernard Lasbleiz, un jabadao de facture locale vient désormais compléter l’abadenn traditionnelle tripartite.

Perspectives

Beaucoup de chemin a été parcouru depuis les premiers essais des danseurs de Saint-Guénolé en 1988, et le renouveau inespéré d’une danse qui avait disparu depuis un siècle donne bien des  satisfactions à tous ceux qui ont œuvré pour cette reconnaissance.

Cependant, pour que cette danse fasse partie, à part entière, des fêtes collectives consacrées aux danses bretonnes, il conviendra d’essayer de convaincre encore plus de danseurs et vaincre les dernières réticences de certains musiciens.

Une prise en compte plus importante de ce répertoire par les jeunes groupes animant les festoù-noz serait particulièrement souhaitable. L’initiative prise par Dastum à travers la publication de d’un nouveau disque y contribuera très certainement.

Quelques explications sur la Dañs Treger sur le site de Tamm Kreiz.